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Détenir un bien en commun sans règles claires expose les copropriétaires à des blocages permanents. La convention d’indivision est l’outil juridique qui permet d’organiser la gestion d’un bien commun de façon structurée. Elle encadre les pouvoirs de chacun, désigne un gérant et fixe les règles du jeu entre indivisaires. Ce guide présente son utilité, son contenu obligatoire, sa durée et les moyens d’en sortir.


À quoi sert une convention d’indivision ?

L’article 1873-1 du Code civil permet à ceux qui détiennent des droits sur un bien indivis — en pleine propriété, en nue-propriété ou en usufruit — de passer des conventions relatives à l’exercice de ces droits. Cette liberté contractuelle encadre le régime conventionnel de l’indivision, distinct du régime légal.

Sans convention, la gestion d’un bien commun exige en principe l’accord de tous les indivisaires pour chaque acte. Cette règle de l’unanimité crée des risques de paralysie, notamment pour un immeuble locatif. Dès qu’un loyer doit être renégocié, des travaux réalisés ou un locataire remplacé, le blocage guette si les copropriétaires ne s’entendent pas. La convention d’indivision permet d’éviter ces situations.

En pratique, la convention s’adapte à de nombreuses situations. Elle convient aux personnes ayant acquis un bien en commun — concubins, partenaires pacsés, époux séparés de biens, associés —, à ceux qui ont reçu un bien indivis par héritage ou par donation-partage, et aux ex-époux qui ne souhaitent pas partager immédiatement un bien détenu ensemble.

L’un des principaux avantages de la convention est la possibilité de nommer un gérant. Cet administrateur dispose des pouvoirs définis par la convention pour accomplir les actes courants sans avoir à consulter chaque indivisaire à chaque décision.

Toutefois, lorsque le patrimoine indivis est important et nécessite une gestion active, la constitution d’une SCI familiale peut offrir un cadre plus souple et mieux adapté. Les deux options méritent une analyse comparative avant de trancher.


Les mentions obligatoires de l’acte

La convention d’indivision obéit à un formalisme précis. Plusieurs éléments sont requis pour sa validité et son opposabilité.

Le consentement unanime. L’article 1873-2 alinéa 1 du Code civil pose le principe : tous les indivisaires doivent consentir à la convention. Aucun d’entre eux ne peut être contraint d’y adhérer. Ce consentement peut être exprimé simultanément ou successivement.

L’écrit. La convention doit être constatée par écrit. Cet écrit peut être un acte authentique dressé par un notaire ou un acte sous seing privé. Il peut poursuivre un objectif principal différent, comme une donation-partage, dès lors qu’il contient une clause de maintien dans l’indivision.

Les mentions obligatoires. L’article 1873-2 alinéa 2 exige que la convention comporte la désignation précise des biens indivis et l’indication de la quote-part appartenant à chaque indivisaire. Ces deux mentions conditionnent la clarté et la sécurité juridique de l’acte.

La publicité foncière. Lorsque la convention porte sur un bien immobilier, elle doit faire l’objet d’une publication au service de la publicité foncière. Cette formalité la rend opposable aux tiers. Toutefois, la Cour de cassation a précisé que son inobservation n’entraîne pas la nullité de la convention entre les parties (Cass. 1re civ., 10 juill. 2013).

La convention peut aussi prévoir d’autres stipulations utiles. Elle peut nommer un gérant, fixer l’étendue de ses pouvoirs et les modalités de sa révocation. La convention peut également insérer une clause de préemption au profit des coïndivisaires en cas de cession de parts, ou une faculté d’acquisition permettant au survivant de racheter les droits du prédécédé.


Durée et renouvellement de la convention

La durée de la convention d’indivision est un choix stratégique. Deux régimes coexistent.

La convention à durée déterminée. L’article 1873-3 alinéa 1 du Code civil autorise une durée déterminée ne pouvant dépasser 5 ans. Cette limite est un maximum : rien n’empêche de choisir une durée plus courte, adaptée à la situation. Par exemple, une durée de 2 ou 3 ans peut convenir lorsque les indivisaires envisagent une vente à terme. Si les parties ont prévu un délai supérieur à 5 ans, la convention ne les lie que pendant les 5 premières années.

À l’expiration du terme, la convention peut être renouvelée. Ce renouvellement intervient soit par décision expresse de toutes les parties, soit par tacite reconduction. À défaut de renouvellement, les indivisaires retombent sous le régime légal de l’indivision.

Il est utile de prévoir dans la convention une clause de tacite prorogation. Elle évite de devoir rédiger un nouvel acte si les parties souhaitent simplement prolonger l’organisation en place. Une clause de dénonciation avec préavis encadre alors la possibilité d’y mettre fin.

La convention à durée indéterminée. L’article 1873-3 alinéa 2 autorise également une durée indéterminée. Ce régime offre davantage de souplesse dans le temps. En revanche, chaque indivisaire peut demander le partage à tout moment, à condition de ne pas agir de mauvaise foi ou à contretemps. La contrainte temporelle est donc moindre, mais la stabilité de la gestion l’est aussi.


Les limites et comment en sortir

La convention d’indivision aménage la gestion d’un bien commun, mais elle ne supprime pas les droits fondamentaux de chaque indivisaire.

Le droit de demander le partage. L’article 815 du Code civil pose un principe d’ordre public : nul ne peut être contraint de demeurer dans l’indivision, et le partage peut toujours être provoqué. La convention d’indivision n’y fait pas obstacle de manière absolue.

Lorsque la convention est à durée déterminée, le partage peut néanmoins être provoqué avant le terme, mais seulement pour de justes motifs. La loi exige ici une raison légitime et sérieuse. En revanche, si la convention est à durée indéterminée, chaque indivisaire peut demander le partage à tout moment, sans avoir à justifier d’un juste motif, sous réserve de ne pas agir de mauvaise foi ou à contretemps.

Le partage amiable. C’est la voie normale de sortie. Les indivisaires s’accordent sur la répartition des biens ou sur leur vente, et partagent le produit selon leurs quotes-parts. Lorsqu’un seul indivisaire souhaite sortir de l’indivision et que les autres conservent leur bien, ils peuvent lui racheter sa quote-part. Les coïndivisaires bénéficient généralement d’un droit de préemption sur les parts cédées à un tiers.

Le partage judiciaire. Si aucun accord n’est possible, l’un des indivisaires saisit le tribunal judiciaire. Cette procédure est plus longue et coûteuse. Elle reste cependant possible, même en présence d’une convention d’indivision, dès lors que les conditions légales sont réunies.

La transformation en société. Une autre option consiste à apporter les biens indivis à une société civile. Cette opération met fin à l’indivision et substitue à la convention d’indivision un cadre sociétaire plus structuré. Notre guide sur l’indivision successorale présente les situations dans lesquelles cette transformation peut s’avérer pertinente.


Conclusion

La convention d’indivision est un outil souple et efficace pour organiser la gestion d’un bien commun. Elle permet aux copropriétaires de définir leurs règles, de nommer un gestionnaire et d’éviter les blocages du régime légal. Sa rédaction exige néanmoins rigueur et anticipation : mentions obligatoires, choix de la durée, pouvoirs du gérant et modalités de sortie doivent être calibrés selon la situation de chaque indivision.

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